Refonte système de rémunération fonction publique : trêve de tergiversations !

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Il aura fallu attendre le dernier jour pour voir exécutée l’annonce du Président du Faso. « Dès le mois de février, le gouvernement engagera (la) réforme du système des rémunérations (…) », avait déclaré Roch Marc Christian Kaboré lors de son discours de vœux de nouvel an au peuple Burkinabè le 31 décembre 2017.

Ce mercredi 28 février, le Premier ministre Paul Kaba Tiéba a effectivement ouvert la conférence nationale engageant le processus de concertations avec les différentes composantes de la Nation (dont les syndicats) visant à aboutir à des propositions consensuelles sur la question.

Chaque partie concernée a 21 jours pour faire des suggestions.

Le Chef de l’Etat a bon droit de poser le débat sur cette question des rémunérations qui a mis le front social en ébullition courant 2016 et 2017. Le Burkina Faso a enregistré 68 grèves et sit-in au cours de l’année 2017 selon les estimations de l’Institut Free Afrik.

Mais la nature tendancieuse du sujet et les frustrations qu’il concentre nécessitent qu’il soit traité de front. Et c’est ce qui manque à la démarche gouvernementale.

Il n’y a pas d’autre solution à ce problème, de sorte à mettre fin à toutes revendications salariales, hors mis le nivellement des rémunérations, en fonction, notamment du niveau de recrutement, sur une base suivant le principe « à diplôme égal, salaire égal ».

Sans être l’oiseau de mauvais augure, il reste cependant évident qu’aucune composante représentant des travailleurs du public (surtout pas les syndicats) ne sera d’avis pour entériner une proposition allant dans le sens du rabaissement de leur traitement salarial.

Les fonctionnaires ont longtemps cultivé le corporatisme, associé à un « voyeurisme » égocentrique. Le bulletin de salaire est le document que chaque agent garde secret, tandis que celui de l’autre suscite davantage de curiosités. La preuve en est avec les revendications en cascades depuis que les magistrats ont été élevés au rang de gros salaires. Tous les corps ont subitement trouvé motif à défendre une plateforme revendicative, avec comme refrain, « la revalorisation des conditions de vie et de travail ».

Le scepticisme sur le processus engagé est d’autant plus de mise que les récents acquis engrangés par certains syndicats, se sont faits parallèlement à l’annonce du Président du Faso.

Et qui plus est, certains responsables d’organisations syndicales avaient déjà donné le ton. Bassolma Bazié, SG de la Confédération générale du travail du Burkina (CGT-B), estime que la refonte doit d’abord commencer par le président du Faso, les ministres et les présidents d’institutions dont les rémunérations suscitent beaucoup de débats.

In fine, s’il faut reconnaître la pertinence de l’objectif visé. La démarche l’est encore moins. En faisant preuve d’atermoiements, espérant parvenir à un hypothétique consensus, l’exécutif emprunte la meilleure voie pour échouer ce processus.

Que le président s’assume, impose sa volonté!

C’est le premier principe de la gouvernance. Aucun dirigeant ne peut gouverner par consensus. Il a la charge d’exécuter son programme et en assume les conséquences à l’aune de l’histoire. L’exemple de Thomas Sankara, assumant le licenciement d’environ 1 400 enseignants grévistes en mars 1984, bien qu’ayant tenté de revenir sur la décision, en est une illustration.

Et l’histoire est faite pour donner des enseignements.

Mouni N’Golo

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