Procès du coup d’État manqué: L’adjudant Jean Florent Nion reconnait les faits

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Un autre son de cloche au procès du putsch de 2015. Ce 3 juillet 2018, l’adjudant Jean Florent Nion était à la barre. Contrairement à ce qui était, jusque-là, ressorti des auditions, l’adjudant, lui, a « partiellement » reconnu les faits qui lui sont reprochés. Il a été informé de ce qu’un coup d’État devrait s’opérer. Il a aussi fait irruption dans la salle du conseil des ministres. Il est formel : le « général a fait faire le coup d’État ». « Si je n’avais pas accepté, je ne serais peut-être pas là aujourd’hui à la barre », s’est-il défendu.C’est avec attention que le témoignage de l’adjudant Jean Florent Nion a été suivi par les juges, les avocats et le public de la salle des banquets de Ouaga 2000. Une attention soutenue parce que sa parole tranchait avec ce qui a, jusque-là, été entendu. L’homme de 44 ans est poursuivi pour attentat à la sûreté de l’Etat, meurtres, coup et blessures sur 42 personnes, incitation de un ou plusieurs militaires à commettre des actes contraires à la discipline militaire.

« Je reconnais partiellement les faits », a-t-il répondu au président du tribunal qui lui demande alors d’expliquer.

Le déballage commence. Le 15 septembre 2015, l’adjudant Jean Florent Nion, qui fait partie de la Garde du président Michel Kafando, est de garde pour 48h. Le major Eloi Badiel et le sergent-chef Roger Koussoubé lui font savoir que, sur instruction du général Gilbert Diendéré, ils devraient faire un coup d’État. « Surprise et peur », confiera-t-il.

Pour se rassurer, et sur-le-champ, il contacte le général par téléphone. Ce dernier lui dit qu’il est à la maison. Il s’y rend. « Quand je suis arrivé, j’ai exposé le problème. Je n’ai pas entendu une réponse contraire à celle des envoyés (…), ce n’est pas facile de dialoguer avec son chef, surtout qu’il y a des étoiles », expliquera-t-il, avant de préciser que le général est un grand chef qu’il respecte beaucoup. Son chef lui aurait demandé si ce n’est pas encore fait.

De retour au camp, il aperçoit un attroupement. Entre temps, un véhicule freine devant lui et c’est l’adjudant-chef que l’on surnomme « Rambo » qui lui demande d’embarquer ; ce qu’il fit. Direction la présidence du Faso où se tenait le conseil des ministres. Moussa Nebié entre dans la salle d’audience et demande à l’adjudant Jean Florent Nion de l’accompagner. Une fois à l’intérieur, Rambo aurait dit au président Michel Kafando : « Nous sommes attaqués, on vous amène en lieu sûr. »

À lui, l’adjudant, l’on demande d’interpeller Augustin Loada ; il s’exécute. « Qui est Loada ? Suivez-moi », aurait-il dit parce qu’il ne savait pas de qui il s’agissait. Ensuite, on lui a demandé de faire de même pour René Bagoro. Il s’exécute une fois de plus.

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De l’instant qu’il a été informé jusqu’au moment où il passait à l’acte, pourquoi le commando n’a-t-il pas refusé de s’associer à un tel projet ? « Si j’avais dit autre chose, ce n’est pas évident que je serais devant votre barre pour discuter (…) Même si tu n’es pas d’accord, ce n’est pas à tout moment qu’on peut refuser. Ce refus peut occasionner des conséquences très graves », s’est défendu l’accusé. Pour lui donc, le général Gilbert Diendéré a fait faire le coup d’Etat, il l’a instruit. « Je ne peux pas initier un coup d’État, j’ai petit galon [sic]. Je vais fuir si on me dit d’être président », confesse-t-il.

Quand le parquet et la partie civile félicitent un accusé

Une fois n’est pas coutume. Les félicitations ont plu sur l’adjudant Jean Florent Nion. Aussi bien du côté du parquet que des avocats de la partie civile. « C’est essentiellement ce qu’il a dit pendant les enquêtes », note le ministère public pour qui « c’est un homme qui a le sens de l’honneur, un vrai commando qui assume ses actes ».

« J’ai une admiration personnelle, une haute estime de votre personne », ajoutera Me Hervé Kam de la partie civile, qui précise que cela n’enlève rien dans la conséquence des actes que l’accusé a posés. Pareil pour Me Prosper Farama qui a félicité l’intéressé pour ses déclarations concordantes, depuis le début de l’instruction jusqu’à la barre. C’est un début de soulagement pour la partie civile, a poursuivi Me Farama qui s’est par ailleurs inquiété du sort de l’adjudant Jean Florent Nion quand il retournera à la Maison d’arrêt et de correction des armées (MACA) avec les autres détenus.

« On ne m’a pas éduqué dans le mensonge, c’est ce que j’ai fait que j’ai dit », ajoutera le quarantenaire.

Pour autant, il n’a pas voulu citer certaines personnes, par exemple ceux avec qui il était dans le véhicule pour aller chercher le général Diendéré après le coup ; ou encore ceux qui sont entrés dans la salle du conseil des ministres. Pour lui, il répond de ses actes, quand viendra le tour des autres, ils feront autant.

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Pour la première fois également depuis le début du procès, l’on a senti que la solidarité qui a jadis existée entre les avocats de la défense s’est effritée. Bien entendu, les conseils de ceux qui ont été cités sont montés au créneau pour « cuisiner » l’adjudant. « En procès pénal, chaque accusé répond de ses actes », précisera Me Adrien Nion, avocat du commando à la barre.

Et pourtant, une victime a identifié l’adjudant

Concernant les accusations de meurtres, le commando a simplement décliné toute responsabilité. « Je ne suis pas à l’origine de ces morts, je ne suis mêlé ni de près, ni de loin aux morts », a-t-il fait savoir. Il expliquera être sorti deux fois du palais. D’abord pour aller à Gounghin pour se rassurer que sa famille était en sécurité et à l’hôtel Laïco où se tenait la rencontre avec les chefs d’Etat pour trouver une issue à la crise.

Pourtant, sur les accusations de coups et blessures que l’accusé a aussi rejetées, le parquet a apporté des faits issus de l’enquête. Une victime aurait identifié l’adjudant dans un groupe de militaires qui l’ont copieusement battue, avec même une barre de fer. Il a supplié en vain, même au nom de Jésus, mais n’a pas eu grâce.

Énergiquement, l’accusé dit ne pas connaître un tel fait, ce d’autant plus que depuis le début de l’instruction du dossier, c’est la première fois qu’il entend de telles accusations contre lui. Il demande une confrontation avec ladite victime, parce que même le juge d’instruction ne lui a jamais parlé de cela. Ses avocats notent également que c’est un fait nouveau qui surgit pour la première .

Source : lefaso.net

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