Musique: « En trois ans, nous avons arrangé plus d’une centaine d’artistes musiciens »Auguste Da artiste musicien producteur arrangeur

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Il y a des domaines au Burkina Faso qui sont détenus par quelques ténors et hermétiquement fermés aux jeunes ambitieux. De ces domaines, il  y a la production et l’arrangement des œuvres musicales. Un jeune  homme de 39 ans de la région du Sud-ouest, a décidé de se frayer un chemin dans ce milieu en créant son propre studio et sa structure de production musicale. Lui, c’est Auguste Lebzougnè Da,  artiste musicien producteur et arrangeur à Gaoua. Il est né le 21 mars 1980 à Sinématiali en République de Côte d’Ivoire. De nos jours, Auguste est incontournable dans le domaine du show bizz de la région du Sud-ouest. Talentueux et ambitieux,  le jeune producteur et arrangeur compte imprimé sa « marque déposé » dans le monde musical. Votre presse en ligne 24infos.net est allé à la découverte de cet artiste  polyvalent,  ce samedi 26 janvier 2019 dans son studio de production  à Gaoua.

24infos.net: Pourquoi avez-vous choisi de faire carrière dans le domaine de la musique ?

Auguste Da: Il faut dire d’entrée de jeu que je n’ai pas choisi de faire de la musique. C’est la musique qui m’a choisi. Depuis tout petit j’aimais chanter, j’adorais fredonner toute sorte de chanson. Cela me faisait vivre. Quand je chantais,  je me sentais vivre. J’ai donc grandi avec cette passion et en 2013 avec mon acolyte  Somé Isidore  nous avons crée le groupe Nombdar et nous avons pu  faire sortir deux albums sur le marché discographique.Un premier  album de 08 titres, un autre de 10 titres et sans oublier que nous avons aussi 05 singles à notre actif.

24infos.net: Alors vous avez déjà des albums sur le marché discographique, racontez nous comment est née votre premier  bébé…

Auguste Da: Effectivement comme je le disais nous avons un album de 08 titres mais enregistré dans des conditions pas du tout facile. Et cela est dû bien évidemment au  manque  de moyens financiers. Mais grâce à Dieu et à notre persévérance,  nous avons pu sorti cet album. Nombdar veut dire en langue dagara «  la pauvreté ne s’achète pas ». Nous avons préféré prendre ce nom qui est très parlant à notre avis. Nombdar c’est le groupe qui veut partir de rien pour devenir quelque chose. Nombdar, c’est le groupe qui ne compte pas allé acheter la pauvreté. Si la pauvreté ne s’achète pas, elle n’est pas non plus une fatalité. Si nos parents sont pauvres,  cela ne veut pas dire que nous allons mourir  aussi pauvres. On le sera si on ne se bat pas. C’est notre  combat au quotidien qui déterminera notre réussite ou notre échec dans cette vie. Le groupe Nombdar a donc  décidé de se battre et on se battra jusqu’au bout.

24infos.net: Est-ce a partir de là que vous avez décidé d’entreprendre dans le domaine de la production et de l’arrangement musical en créant le studio Sorviel et la maison de production Zounouon?

Auguste Da: Quand on était à Ouagadougou  pour la sortie de notre album,  on a eu tout les problèmes du monde pour trouver un arrangeur et même un producteur. Cela nous a donné vraiment a réfléchir. Et c’est peut-être là,  que l’idée a germé petit à petit. J’ai donc commencé à m’auto-former en arrangement. C’était un envi immense d’apprendre qui a fait que je me suis intéressé  à ce domaine. J’ai donc commencé en temps que amateur. Et petit à petit,  l’oiseau faisant son nid, j’ai fini par acquérir les connaissances nécessaires. D’amateur, je me suis professionnalisé.

24infos.net: Racontez nous vos premiers pas dans ce milieu de l’arrangement

Auguste Da: Je me rappelle que Zephirin Hien qui est un des doyens de la musique dans la région du Sud-ouest n’avait pas d’album bien qu’étant très connu dans le monde musical. Il était très apprécié et bien aimé. Alors,  moi,  jeune amateur dans l’arrangement à l’époque, je l’ai accosté pour lui proposer l’enregistrement de ses titres. Il a accepté volontiers ma proposition et c’est comme ça que nous sommes rentrés en studio. Premier coup d’essai, ce fut un exploit pour nous puisque l’album de 10 titres qui est sorti de mon studio a reçu un brillant accueil de la part des mélomanes. C’était un véritable succès!

24infos.net: Combien d’artistes avez-vous pu produire ou arranger ?

Auguste Da: Le Studio Sorviel existe depuis 2008 mais elle s’est formalisée en 2016 et déjà nous avons  arrangé plus d’une centaine d’œuvres musicales. Zounouon Production  a produit  trois ou quatre artistes pour le moment. Il  est à rappeler que le domaine de la production demande beaucoup de moyens.

24infos.net: Dans l’ensemble comment les mélomanes apprécient le travail abattu par le Studio Sorviel ?

Auguste Da: Les gens apprécient très bien. Quand on vous parle de Zéphirin Hien alias Blacky, de Brigitte Somé ou encore de Roland Somé qui sont incontournables dans le domaine de la musique régionale, ce sont des produits du Studio Sorviel. Donc notre travail est très apprécié. Nous abattons un travail titanesque dans ce milieu ici au Sud-ouest.

24infos.net: Nous constatons que le domaine de la musique dans la région n’est pas trop vivace, qu’est ce qui peut expliquer cela?

Auguste Da: Moi je dirais plutôt le contraire. Il ya beaucoup de production musicale dans le sud-ouest. De Dano à Gaoua passant par Diébougou,  chaque année, ce sont des dizaines d’artistes musiciens qui produisent. Mais le problème majeur de la musique au sud-ouest,  c’est que nous manquons de promotion. Une chose est de faire sortir un album,  une autre chose est de le promouvoir pour le faire connaitre. Nos artistes ne sont donc pas connus et cela est très dommageable pour leur carrière. Ils sont dans l’ombre sinon ils sont nombreux ces artistes musiciens débordant de talents.

24infos.net: Selon vous pourquoi l’industrie de la musique burkinabè a du mal à prendre son envol ? Quels sont les problèmes de la musique burkinabè?

Auguste Da: Le problème de la musique burkinabè c’est une question de politique nationale et de responsabilité individuelle. Il faut une bonne politique de promotion de la musique burkinabè. C’est vrai qu’il y a déjà des textes qui encouragent cela mais il faut vraiment mettre en application ces textes. On a l’impression que le Burkina Faso est le pays qui accueille toutes les musiques du monde. Dans ce sens, j’ai l’impression que ce sont les media qui poussent les populations à aimer la musique d’ailleurs  au lieu de celle burkinabè. Puisque à longueur de journée,  la plupart des médias ne font que nous balancer  des musiques ivoiriennes,  ghanéennes,  nigérianes….Je ne dis pas de ne pas jouer de ces musiques mais la charité bien ordonnée commençant par soi-même, nous devrions nous intéresser à nos artistes d’abord. C’est parce que les gens ne connaissent pas leur musique qu’ils aiment les musiques d’ailleurs.

24infos.net: Avez-vous le sentiment que les medias burkinabè ne participent pas à la promotion de nos artistes?

Auguste Da: C’est le constat général que l’on fait en tout cas. La musique burkinabè est moins jouée dans les médias de nos jours. Et pire, allez donner votre album à un animateur radio ou télé  de jouer votre son, il vous dira de déposer un caillou là-dessus. Pourtant,  le même animateur est prêt à télécharger sur internet des musiques d’ailleurs pour jouer. Des artistes qu’il ne connait  pas et qu’il ne connaitra peut-être jamais.Mais pour son frère,son compatriote qui est juste à coté de lui et qui a galéré pour sortir un morceau ou deux,il n’est pas prêt. Vous voyez comment c’est très dommage.

D’aucuns disent également que le milieu de la musique burkinabè est une mafia…

Auguste Da: Cela est une triste réalité. Le domaine de la musique est une jungle dans laquelle si tu n’a pas de parrain ou si tu n’es pas très persévérant,  tu ne peux réussir. Les devanciers ont mis des verrous partout et si tu n’es pas de leur milieu, ils feront tout pour que tu n’avance pas.

24infos.net: Vous êtes organisateur et coorganisateur de certains spectacles dans la région, parlez-nous-en.

Auguste Da: Oui,  je suis initiateur d’un plateau musical dénommé la fête de la musique à Gaoua chaque 21 Juin. J’invite mes amis artistes à chanter, danser et célébrer la musique ce jour. Il y a le Festival des Arts du Sud-ouest (FASO)  que j’organise avec mon frère Petit Jésus  et le Centre Divine Force. Je n’oublie pas également Bon année organisée en collaboration avec la RTB Gaoua qui est à sa deuxième édition et qui a vu la participation de plusieurs dizaines d’artistes musiciens de la région.

24infos.net: Nous sommes au terme de cet entretien, votre dernier mot…

Auguste Da: Je voudrais vous remercier pour cette marque de considération  pour cet entretien. Je voudrais également interpeller  toute la population burkinabè, celle de la région du sud-ouest en particulier à s’intéresser d’avantage à la musique de chez eux et surtout à soutenir leurs artistes. Il ne suffit pas d’avoir un morceau de l’artiste dans son téléphone, c’est bien mais il faut aussi songer de fois à payer les CD et cassettes. Imaginez vous un mélomane qui vous approche et qui vous dit qu’il a votre son dans son téléphone…Il ne sait pas que c’est un crime… Qu’il est en train de tuer son artiste… Il a payé combien pour avoir ce morceau dans son téléphone? Peut être 50 F CFA  ou 100 F CFA  chez des vendeurs sans scrupules.Oubliant que l’artiste, lui, il a dépensé plusieurs dizaines de milliers de  F CFA peut- être plus pour le seul morceau, sans oublier les interminables nuits sans sommeils. Donc nous voulons un vrai soutien de la part de nos fans. Achetez nos cassettes et participez à nos festivals et concerts.C’est de là que viendra le salut des artistes et par ricochet de la culture burkinabè toute entière. Je vous remercie.

Interview réalisée par Ismaël Dipama

 

 

 

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