Lutte antiterroriste au Burkina Faso : La grande muette est-elle vraiment muette ? N’y-a-t-il pas des taupes au sein des FAN ?

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La présidence du Faso a reporté la cérémonie de présentation de vœux des corps constitués au chef de l’État Roch Kaboré prévue initialement pour se tenir dans l’après-midi du vendredi 28 décembre 2018 à Kossyam. La raison officielle donnée aux organes de presse est que ce report est dû à l’attentat perpétré contre des éléments de la brigade territoriale de gendarmerie de Toéni dans la province du Sourou, le jeudi 27 décembre 2018. Dix soldats burkinabè sont tombés, trois autres sont blessés selon un décompte du ministère en charge de la sécurité. Des héros morts au nom d’un État à la croisée des chemins qui, semble-t-il, n’a pas encore trouvé son chemin tant les tâtonnements et les atermoiements  sont légions dans cette lutte contre le terrorisme.

En effet, les autorités du pays ne savent plus quelle attitude adoptée au regard de la complexité de la menace. En face des autorités nous avons  une population de plus en plus critique et méfiante sur les actions de riposte de l’armée aux attaques terroristes.Les critiques vont bon train.Les gens semblent  avoir marre  de compter chaque jour les corps sans vies de leurs frères et sœurs fauchés à la fleur de l’âge par des individus qui sont toujours ‘inconnus ».  Les condamnations fermes et les engagements à combattre les terroristes sonnent comme un aveu d’impuissance à l’oreille des populations.Il est inutile de se voiler la face, l’armée burkinabè n’a pas encore fait les preuves du mérite qu’on lui attribue tant, depuis que l’hydre terroriste a violé son territoire en 2015.

Les actions qu’on lui attribue s’apparentent à des stratégies (maladroites) de communication. Les Forces armées nationales (FAN) du Burkina Faso ont sérieusement besoin de faire le ménage dans leurs rangs. Pour qu’une mine puisse exploser à l’instant où un véhicule militaire passe dessus, il faudrait que son auteur sache qu’un véhicule militaire empruntera cette voie à telle date et peut-être même à telle heure. Pour qu’une patrouille militaire tombe sur une embuscade, il faudrait que les maquisards soient au préalable au courant de ses mouvements et itinéraires. C’est cela l’information militaire qui ne devrait tomber sur aucune oreille non autorisée. Les populations se posent alors la question de savoir si la grande muette est effectivement muette. En clair, notre grande muette ne sait pas quand la fermer ou quand l’ouvrir. Et elle en pâtit.

Déterrer les taupes

Il y a certainement des taupes au sein des FAN ; les renseignements doivent s’atteler à les extirper au lieu de tomber à bras raccourcis, autorités en tête, sur l’absence de collaboration des populations. Comme des perroquets, les dirigeants répètent ce refrain à tout vent. Il faut bien entendu que les populations collaborent. Mais la collaboration ne se décrète pas. Elle procède de la confiance ou tout au moins de l’assurance d’être protégé si l’on se décide à parler. Mais les quelques rares cas de collaboration ont donné lieu à des représailles. Du reste, comment collaborer avec une armée dont les éléments adoptent facilement des points de vue stéréotypés du genre à mettre à l’index les populations d’une ethnie ou d’une certaine culture vestimentaire ? Il y en a eu des expéditions punitives dans des contrées où tout le monde est taxé d’être soit terroriste soit de collaborer avec les terroristes. Non, tout le monde n’est pas terroriste. Ceux qui ont été abattus à Ramongo doivent avoir fait découvrir au moins que le terroriste n’a ni visage, ni ethnie, ni religion.  Il n’est pas identifiable à l’œil nu. Et ne pas dénoncer un terroriste n’est pas forcément signe de collaboration avec lui. C’est souvent un instinct de survie.

Le comble de tout, c’est que aucune responsabilité n’a été située depuis les premières attaques terroristes au Burkina.Qui n’a pas fait son boulot et pourquoi? Qui veut-on protéger au juste? Nous nous posons également la même question que cet internaute Lengha Fils sur les réseaux sociaux qui a pris l’exemple sur la lutte antiterroriste au Niger:  » Où sommes-nous avec toutes les enquêtes que la Procureur dit ouvrir après chaque attentat? Au Niger, lorsque les G’IS américains ont été pris dans une embuscade et quelques uns y sont morts, le Pentagone avait diligenté une enquête qui a révélé un manque de coordination entre le commandant de l’équipe commando et celui du renseignement à la base. La sanction a été très nette: tous les commandants ont été rétrogradés et relevés. Même le patron d’Africom risque son poste pour cela. D’autres vont passer à la cours martiale. » s’est-il exclamé. Mais au Pays des Hommes Intègres que se passe-t-il? Pourquoi personne n’est comptable des centaines de morts que nous enregistrons au sein de nos FDS?

Courtiser les populations, combattre le terroriste sur son terrain

Notre armée doit plutôt chasser en territoire terroriste. Et adopter la même stratégie qu’eux. Le cas du village de Kabonga dans la Kompienga (centre-est) est emblématique. En effet, les terroristes garantissent la sécurité des orpailleurs sur le site et ne leur prend aucun kopeck sous réserve de respecter certaines conditions. C’est ce que notre armée devrait faire. Au lieu de racketter ces pauvres populations qu’ils ont jurées de défendre au péril de leurs vies, les FDS doivent plutôt aller vivre avec elles. Délaisser les bureaux feutrés et les camps « citadins » pour se rapprocher des populations. Les chefs militaires doivent également abandonner ces V8 pour les pick up et autres 4*4 plus pratiques. Prendre son autonomie, se démarquer des autorités politiques et  mettre à profit le génie militaire : construire des routes, des forages, des écoles… des activités au profit des habitants des zones rurales pour mériter la confiance des populations.

La chasse aux terroristes doit commencer incessamment

Le combat contre le terrorisme ne se mène pas en ville, non ! C’est sans doute une question de moyen et d’armement, mais c’est aussi et surtout une question de stratégie. Les « forces obscurantistes » (pour emprunter le terme du chef suprême des armées) ont pris le temps de s’installer dans les zones reculées du pays, avant de se rapprocher des villages et enfin recruter parmi les habitants. Pendant ce temps, notre armée s’embourgeoisait. En 2019, les autorités ont annoncé à cor et à cri que le budget alloué aux FDS va progresser de 23,41% pour la défense et de 38,99% par rapport à leurs allocations de 2018. Plutôt que de s’attendre à écouter des hommages, les plus émouvants qui soient, il est grand temps que notre armée aille à la chasse !

Mouni N’GOLO

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