Insécurité au nord : civils burkinabè et maliens traquent les suspects

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La poussée djihadiste dans le sahel a mis les populations des zones frontalières Burkina-Mali dans un climat constant d’insécurité. Les postes de gendarmerie de Djibasso au Burkina en septembre 2017 et de police de Bénéna au Mali ont même déjà fait les frais de l’extrémisme violent.

A l’occasion d’une sortie dans cette zone, 24infos.net a constaté que la riposte contre les « semeurs de trouble » n’est pas engagée par les seules Forces de défense et de sécurité (FDS). En effet, l’insécurité prégnante dans le sahel a conduit les populations civiles à développer des initiatives pour renforcer la vigilance et prévenir les attaques terroristes.

La zone frontalière Burkina-Mali a enregistré de nombreuses attaques djihadistes ces trois dernières années

La jeunesse des différentes localités est ainsi organisée autour des Comités villageois de développement (CVD). A  Bénéma au Mali, en plus des CVD, une cellule  de jeunes a été créée. « Après l’attaque du poste de police de Bénéna, nous avons approché les autorités pour proposer notre concours aux FDS. C’est de là qu’est venue l’idée de constituer un groupe de vigilance dans chaque quartier, pour centraliser toutes les informations. », explique Moussa Koné, le représentant des jeunes dans la commune de Bénéna au mali. « Cela a permis d’arrêter beaucoup de suspect », assure le jeune Koné qui envisage, sur la base des succès enregistrés, de rencontrer les jeunes du village de Madouba dans la Kossi (frontière côté burkinabè) et d’autres communes frontalières pour partager l’idée.

Ces engagements sont félicités par les responsables politiques. « Chaque jour des initiatives sont mises en place pour lutter contre l’insécurité à la frontière ici », note Israël Dabou, le maire de la commune de Madouba. M. Dabou salue particulièrement l’existence d’une coordination communale contre l’insécurité dans sa municipalité, avec des rôles dévolus précisément aux différents membres. Ainsi, tout individu suspect qui passe par la commune est vite remarqué et dénoncé, souligne l’édile de Madouba.

Israël Dabou, le maire de Madouba dans la Kossi: « Une fois que des individus suspects traversent la frontière pour le Mali, nous donnons l’alerte, et vice versa »

Une autre organisation, à l’échelle des deux pays, mobilise les communautés frontalières. Il s’agit du comité de soutien aux FDS, fruit d’une collaboration entretenue entre autorités coutumières, comités villageois de développement, maires et préfets de neuf communes du Burkina et du Mali. Ce comité comprend les départements burkinabè de Djibasso, Madouba, Doumala et Kombori et maliens de Bénéna, Koula, Mafounè, Lanfiera et Madiakuy.

« La collaboration est franche. Il y a une intercommunication. Nous sommes même reliés par une structure appelée Groupement local des communes transfrontalières (GLCT) », explique Israël Dabou, membre du GLCT. « Une fois que des individus suspects traversent la frontière pour le Mali, nous donnons l’alerte, et vice versa. C’est comme ça que nous fonctionnons », confie le maire de Madouba.

Ce réseau inter Nations a ainsi participé à l’interpellation de plus de 900 personnes suspectes par les FDS, selon Israël DABOU. Ce chiffre n’a cependant pas encore été confirmé par les FDS que 24infos.net a sollicités dans le cadre de cet article.

Le chef du village de Bénéma : « C’est main dans la main que nous pourrons vaincre ce mal ».

Qu’à cela ne tienne, le chef du village de Bénéna au Mali (5 km de la frontière avec le Burkina) est convaincu que l’implication des civils et autochtones dans le renseignement est indispensable. Le coutumier assure-t-il de l’implication des coutumiers. « C’est main dans la main que nous pourrons vaincre ce mal », a-t-il renchéri. « Nous avons demandé à la population, surtout les jeunes, de ne pas rester en marge de la lutte. Ils doivent signaler tout suspect dans le village », conclu le chef du village de Bénéna.

Firdaoch Yamyel-Benewendé

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