Foncier rural et urbain au Burkina : Une bombe à désamorcer rapidemment

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Au début des années 2000, les autorités burkinabè avaient encouragé l’agrobusiness, conduisant les couches nanties à investir les campagnes et à s’approprier, souvent à de vils prix, des centaines d’hectares de terres. Le mode opératoire de l’acquisition de ces terres était simple : après une entente avec quelques notables de la localité abritant les espaces cultivables, le « procès-verbal de palabre » constitue la formalité administrative permettant de devenir propriétaire de plusieurs hectares en contrepartie d’une modique somme.


Suite à cette politique soutenue par le gouvernement de l’époque, le terme de « nouveaux acteurs » est apparu afin de désigner les nouveaux venus dans le secteur agricole disposant de moyens financiers importants mais sans forcément d’idées précises pour mettre les terres acquises en valeur.
De vastes superficies de forêt ont été ainsi déracinées sous le regard médusé des agents des Eaux et Forêts. Certains contentieux avec certains services déconcentrés du Ministère en charge de l’Environnement ont été mis sous boisseau parce qu’ils impliquaient des dignitaires de l’époque. Opérateurs économiques, grands commis de l’Etat avaient fait main basse sur de grandes étendues des terrains cultivables.

Le Groupe d’étude action sur le foncier (GRAF) a denombré des dizaines de litiges du foncier rural ayant opposé des paysans aux « nouveaux acteurs ». Ces derniers bénéficient souvent de la complicité des leaders d’opinion de ces contrées. Au nez et à la barbe des propriétaires terriens, leurs biens sont bradés comme en atteste l’exemple de la plantation d’anacardiers de Yendéré. Boukary Niampa, l’ex patron des infrastructures à la présidence sous le magistère de Blaise Compaoré, a acquis des milliers d’hectares, destinés originellement aux producteurs de la localité, pour créer cette plantation. De même, son patron, « le petit président » François Compaoré, s’est lui aussi fait attribuer des champs d’anacardier dans le village de Guenako toujours à Orodara.

Cette problématique a aussi un versant urbain, toutes les sorties de Ouagadougou sont aujourd’hui bornées. D’Est à l’Ouest, du Nord au Sud, de longs murs délimitent le domaine de ces accapareurs de terres. Pendant que la majorité des gens dans la capitale sont laissés à la merci des spéculateurs fonciers, les compagnies immobilières ne font pas dans la dentelle. Les zones péri-urbaines dont les habitants n’avaient que l’agriculture comme activité principale de survie cèdent leurs terres pour des broutilles sous la pression de ces nouveaux types de commerçants de logements. Ces sommes leur permettent de s’acheter des engins à deux roues dans l’unique but de paraître, mais pour un laps de temps seulement. Quelques semaines plus tard, bonjour la misère!

Cette exploitation est faite au vu et su de l’autorité communale et gouvernementale qui semble par ce laxisme être de connivence avec ces commerçants véreux dont le seul objectif est de se remplir les poches. Pour se convaincre de la complicité des gouvernants, il suffit de constater les libertés provisoires accordées aux maires présumés coupables de détournement de parcelles. Même si l’on répète aujourd’hui que la Justice est indépendante et que l’exécutif ne peut pas s’immiscer dans les décisions de Justice, le contentieux reste en l’état et certains anciens édiles ont même eu le temps de migrer dans d’autres partis politiques à même de les mettre à l’abri des représailles. La commission d’enquête parlementaire qui a déposé des conclusions accablantes sur la gestion de lotissements a également fait des recommandations pour réparer les préjudices causés par les gouvernants déchus. Ces recommandations trainent à être exécutées. Les grandes « messes » célébrées dans les mairies à travers les vérifications des pièces d’attribution des parcelles n’ont pour le moment pas délivré leurs verdicts. D’aucun s’interroge sur l’éventualité d’un aboutissement heureux des corrections de ces impairs. Pour le moment c’est d’autres projets imprécis qui sont soumis aux masses laborieuses avec comme objectif de pouvoir les ameuter le moment venu à l’approche des échéances électorales.

L’Etat ne semble pas avoir une alternative pour les deux entités du foncier: le rural et l’urbain. Les années à venir, cette bombe à retardement risque d’exploser. Les générations futures pourront réclamer les terres spoliées par les soit disant « nouveaux acteurs » avec toutes les conséquences qui vont s’en suivre. Les compagnies immobilières qui occupent les zones péri-urbaines soustraient du même coup les populations de leur occupation principale qui est l’agriculture et l’élevage au risque de déstructurer le tissu social.

C’est soucieux de l’ensemble de cette problématique que l’Initiative des Journalistes Africains pour la Coopération et le Développement (IJACOD) compte organiser un atelier pour se pencher sur les griefs émis contre la gestion du foncier. Elle a pour souci également d’aider à trouver des solutions à ce danger qui plane au-dessus nos têtes comme un couperet prêt à commettre des dégâts. Les derniers événements à Banfora qui ont fait 5 morts illustrent bien cette inquiétude. Les gouvernants sont interpellés à commencer par le président du Faso à ouvrir l’œil et le bon sur cette plaie qu’est le foncier et à travailler à la recherche de la thérapie.

[email protected] / Tel: 76 60 55 33

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