Affaire 146 terroristes tués par les FDS : Il y a bel et bien eu des exécutions sommaires selon le MBDHP

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QUE S’EST-IL PASSE A KAIN-OURO
ET ENVIRONNANTS LE 04 FEVRIER 2019 ?

Synthèse du rapport de la mission d’enquête du MBDHP…

L’état-major major général des armées a annoncé le 04 février 2019 avoir « neutralisé » cent quarante-six (146) terroristes au cours d’une opération de représailles contre des groupes terroristes dans les départements de Kain, Banh et Bomboro. S’en sont suivi des allégations d’exécutions sommaires reprochées aux FDS par des parents de victimes de l’opération de représailles. Afin que la lutte contre le terrorisme s’inscrive dans le cadre de l’État de droit le mouvement burkinabè des droits de l’homme et des peuples (MBDHP) dit s’être saisi de l’affaire en diligentant une mission d’enquête dans les zones concernées. Ce, en vue d’établir les faits, situer les responsabilités et faire des recommandations aux autorités.

Des constats faits par le MBDHP sur le terrain

Après avoir rencontré plusieurs témoins directs et indirects des évènements, recueillis des témoignages qui ont été recoupés et confrontés à plusieurs autres sources pour s’assurer de leur authenticité, la mission du MBDHP a abouti à divers éléments d’informations.
A Kain, localité située à environ 70 km de la ville de Ouahigouya, la mission du MBDHP dit avoir rencontré des personnes déplacées venues de Kain-Ouro, localité d’où seraient partis les évènements. Il ressort que quinze (15) personnes ont été tuées dans ce village, dont huit (08) femmes, ces dernières sont toutes issues de la même famille.
Dans le village de Sounam, la mission du MBDHP note avoir découvert un amas de terre présenté par un témoin, parent de victimes, comme couvrant un charnier où seraient ensevelies neuf (09) personnes appartenant toutes à une même famille.
Au village de Tiabéwal, des témoins ont rapporté à la mission que vingt-deux (22) personnes ont été exécutées.
A Guingui une autre localité, neuf (09) personnes ont été exécutées, selon la mission qui rapporte que le lendemain des exécutions, plusieurs autres personnes ont été bastonnées dans ce village par des militaires identifiés par des témoins comme appartenant au détachement militaire de Banh.
Un père de famille et son fils et un autre père, son fils et son petit-fils ont tous été exécutés à Daybara et à Somme, deux quartiers de Banh.
En tout, le MBDHP dit avoir relevé et documenté soixante (60) cas présumés d’exécution sommaires de personnes, commises le 04 février 2019 à Kain et environnants. Des cas non exhaustifs, la mission n’ayant pu couvrir toutes les localités concernées par les tueries, apprend t-on.

Qui sont les auteurs de ces exécutions ?

Selon le MBDHP, les témoignages recueillis par sa mission, mettent clairement en cause des éléments des Forces armées dans les tueries et autres violations des droits humains survenues à Kain et environnants. Des témoignages qui mettent en exergue des cas présumés d’exécutions sommaires, d’atteinte à l’intégrité physique, ainsi que des déplacements de populations apeurées craignant pour leurs vies. La plupart des cas rapportés par les témoins au MBDHP, font état, lit-on dans le rapport, « des hommes armés, en tenues militaires burkinabè, qui ont encerclé des zones d’habitations, arrêté des personnes qu’ils ont par la suite exécutées froidement. Ces hommes armés étaient dans certains cas appuyés par un hélicoptère militaire ».
Il ressort aussi que dans nombre de localités, des hommes armés sont arrivés en voitures et à motos très tôt le 4 février 2019 aux environs de 4 heures du matin. Ils ont pénétré dans les maisons et ont abattu plusieurs personnes dans leurs maisons voire dans leur sommeil pour d’autres.
Dans le village qui a enregistré le plus lourd tribut en termes de personnes exécutées, des témoins rencontrés par le MBDHP affirment selon le mouvement, que des hommes en tenues militaires burkinabè sont arrivés le 04 février 2019 vers 10 heures, ont encerclé le hameau de culture et ont fait sortir ses habitants de leurs maisons. Ils ont collecté les cartes nationales d’identité de tous les hommes adultes et les ont conduits sur une place publique avant de les exécuter.
Le MBDHP note que sa mission a pu constater l’existence de traces de sang séché et une quantité énorme de douilles de balles aux endroits présentés par les témoins comme lieux d’exécution des suppliciés. Des tombes, présentées comme étant les leurs, ont aussi été montrées au Mouvement.

Quelques témoignages de parents de victimes…

Un témoin ayant perdu cinq (05) membres de sa famille a rapporté au MBDHP que, « Des personnes non identifiées sont arrivées dans la cour très tôt vers 4h et ont commencé à tirer ; ce qui a créé une situation de panique totale. Nous avons tous fui pour nous cacher. Après leur départ, nous sommes revenus et avons constaté les cinq (05) morts. Chacune de ces personnes a été tuée pendant qu’elle dormait et aucune d’entre elles n’a jamais été interpellée auparavant par les forces de défense et de sécurité. Nous n’avons aussi jamais appris que ces personnes menaient des activités illégales. Notre souhait aujourd’hui est que la vérité soit faite sur ces tueries, afin que nous puissions repartir vivre dans notre village »
Une femme témoin oculaire de l’exécution de son mari raconte à la mission du MBDHP que : « Les militaires sont venus taper à notre porte. Ils l’ont défoncée par la suite, pendant que nous étions dans la chambre. Ils sont entrés chercher mon mari et j’ai pris sa pièce d’identité pour la leur montrer et ils ont dit qu’ils n’avaient pas besoin de cela, mais de mon mari. Ils l’ont emmené de force pendant que ses deux petits garçons de 09 ans étaient au salon. J’ai suivi jusqu’au dehors où ils l’ont tué avec les autres ».
Un autre témoin rencontré par le MBDHP met en cause des militaires en ces termes : « les militaires sont arrivés à moto vers 3h30mn du matin. Amadou était couché sur une natte. Ils l’ont fait sortir de la maison et l’ont mis à côté de sa moto. Ils ont tiré sur le réservoir de la moto qui a pris feu, avant de le tuer ».

Autres violations constatées

Outre les exécutions sommaires, la mission du MBDHP confie avoir constaté des cas d’atteintes de l’intégrité physique de personnes. En effet, des témoins ont rapporté à la mission, qu’après leur forfait, les militaires ont bastonné une vieille dame de 72 ans, à qui ils avaient sommé d’indiquer la cachette de son époux. Celle-ci n’a dû son salut qu’au fait de conduire ses agresseurs sur la tombe de son défunt époux. Malgré tout, l’agression lui a coûté un bras fracturé. Une personne, que la mission n’a pu identifier, aurait également été blessée dans ce village. Elle était en soins dans un Centre de santé et de promotion sociale (CSPS) de la zone lors du passage de la mission.
Dans le village de Guingui notifie le rapport, des sources ont indiqué au MBDHP que des militaires seraient revenus le 5 février dans ce village, ils auraient arrêté, déshabillé et bastonné publiquement sept (7) personnes qu’ils ont relâchées plus tard.
A ces cas de violations de l’intégrité physique de personnes, il faut ajouter des cas de destructions de biens privés, dans le village de Sounam par exemple, selon les témoignages rapportés par la mission, les exécuteurs ont incendié trois (03) motos, emporté deux (02) téléphones cellulaires, une (01) moto et pillé une boutique.

L’après exécutions et autres violations

Après toutes ces tueries et actes de violences commis dans ces différentes localités, aucune mission de vérification n’a été effectuée en vue de constater les faits rapportés, souligne le rapport du MBDHP.

Toute cette situation a engendré selon le MBDHP, une véritable psychose dans les zones visitées par sa mission, du fait de l’ampleur et l’horreur des évènements survenus dans ces zones, d’où le déplacement forcé de plusieurs milliers de personnes, craignant, disent-elles, le retour des militaires. Certaines populations déplacées disent avoir perdu une partie de leur bétail et n’ont pas accès à leurs vivres, restés dans leurs greniers.
Aussi, le mouvement de défense des droits humains a fait le constat que ces populations n’ont bénéficié d’aucun secours, ni d’aucune forme d’assistance de la part des autorités administratives. Lors de son passage les 10 et 11 février 2019 soit environ une semaine après les évènements, la mission du MBDHP explique qu’elles étaient laissées à elles-mêmes et se sentaient totalement abandonnées. Dans les localités touchées par ces tueries, la désolation, la consternation, la peur et l’incompréhension règnent désormais, indique le mouvement.

« Des zones d’ombres dans la version officielle »

A l’issue de sa mission d’enquête, le MBDHP dit avoir noté plusieurs zones d’ombres dans le communiqué officiel de l’état-major général des armées, selon lequel, les forces de défense et de sécurité seraient entrées en action après une attaque terroriste survenue à Kain. Mais pour la structure, c’est plutôt à Kain-Ouro, village situé à environ 7 kms de Kain, qu’une attaque a été menée par des hommes armés, dans la nuit du 03 au 04 février 2019. Le MBDHP confie que plusieurs sources lui ont indiqué que les auteurs de cette attaque étaient vêtus de tenues militaires burkinabè. Aussi, il ressort que dans toutes les localités visitées par le MBDHP, aucun combat qui aurait opposé des éléments des forces de défense et de sécurité à de présumés terroristes n’a été signalé au Mouvement. Les proches des personnes exécutées nient catégoriquement tout lien entre leurs parents et des groupes terroristes. Ils ont affirmé au MBDHP que les exécuteurs de leurs proches seraient des militaires qui ont pris d’assaut des villages. Ils auraient pénétré dans des concessions et n’auraient pas hésité à exécuter sommairement plusieurs personnes dont certaines dormaient dans leurs chambres.
Ainsi, pour le MBDHP, les témoignages recueillis constituent des accusations dont le degré de gravité nécessite des investigations sérieuses, poussées et impartiales.

L’analyse du MBDHP

De ces constats, le MBDHP en conclut que :
o les éléments d’informations recueillis par sa mission d’enquête mettent gravement en cause l’action des forces de défense et de sécurité. Cette action, au lieu d’inspirer un sentiment de sécurité aux populations, a plongé des familles et des communautés entières dans l’émoi, l’incompréhension et la peur.
o Les entretiens que sa mission a réalisé indiquent clairement que des éléments des forces armées inspirent inquiétude et peur au même titre que les groupes terroristes. Les populations des zones visitées ne leur font pas confiance et en arrivent malheureusement, de plus en plus et pour la majorité d’entre elles, à comparer les exactions des forces de sécurité à celles des groupes terroristes. En effet, les personnes rencontrées affirment se retrouver prises entre deux feux. D’une part, elles sont prises à partie par les groupes terroristes qui n’hésitent pas à s’en prendre à elles lorsqu’elles sont soupçonnées de collaboration avec les forces de sécurité. D’autre part, elles subissent des actions de représailles des FDS qui les assimilent aux terroristes ou de complicité avec ces derniers. Ces populations vivant dans les localités couvertes par la mission d’enquête du MBDHP se retrouvent ainsi, à la fois, victimes du terrorisme et de la lutte anti-terroriste.
o De façon plus inquiétante, du fait du grand nombre de victimes des opérations portant des patronymes peuls, ces actions contribuent à renforcer un sentiment de stigmatisation au sein de membres de la communauté peulh. Ceux-ci se sentent menacés du fait de leur appartenance ethnique. Cette situation constitue un grave danger pour l’unité nationale et la cohésion sociale. Elle constitue également l’un des principaux défis que la lutte anti-terroriste ne doit pas perdre de vue, car le Burkina doit éviter à tout prix de semer des germes d’une guerre civile.
o Cette situation est totalement à l’avantage des groupes terroristes qui, selon diverses sources, n’hésitent plus à se présenter dans ces localités comme les défenseurs et les protecteurs de la communauté peulh et de la religion musulmane face aux dérives des FDS. Cette posture constitue leur principal argument pour élargir leur base sociale et gagner la sympathie des populations.

Les recommandations du MBDHP

Pour le MBDHP, il est donc nécessaire d’entreprendre des actions urgentes pour rassurer les populations de ces zones et rétablir la confiance entre elles et les forces de défenses et de sécurité. C’est pourquoi, le mouvement a formulé une série de recommandations dont la mise en œuvre pourrait contribuer selon lui, à éviter à l’avenir des dérives dans la lutte anti-terroriste.
Ainsi, à l’endroit des autorités et acteurs politiques
o Veiller à assurer de manière effective et efficace, la sécurité des personnes et de leurs biens, sans discrimination aucune, sur toute l’étendue du territoire national ;
o Apporter toute l’assistance nécessaire aux populations victimes des tueries de Kain-Ouro et environnants sur les plans médical, social et psychologique, en vue de soulager leurs souffrances et leur apporter la solidarité et le réconfort de la Nation ;
o Mettre en œuvre des actions concrètes en faveur de l’Unité Nationale et de la cohésion sociale ;
o Prendre des mesures concrètes contre toutes les formes de stigmatisation et de discrimination basées notamment sur l’appartenance ethnique et/ou religieuse ;
o Dans la perspective enivrante de la conquête et de la gestion du pouvoir d’Etat, s’abstenir de semer des germes de guerre civile, en titillant la fibre ethnique, confessionnelle ou régionaliste de nos populations pour parvenir à ces fins.
Aux autorités judiciaires
o Mener des investigations sérieuses et impartiales sur les tueries survenues à Kain-Ouro et environnants ;
o Arrêter et juger tous les auteurs et commanditaires des violations graves des droits humains à Kain-Ouro et environnants.
Aux forces de défense et de sécurité
o Accentuer la formation des forces de défense et de sécurité en matière de droits humains et de respect des règles de l’État de droit ;
o Prendre des actions disciplinaires contre les éléments des forces de défense et de sécurité auteurs de violations de droits humains.
Aux militants et sympathisants du MBDHP
o Œuvrer à la promotion et à la protection de la culture de cohésion sociale et de coexistence pacifique entre toutes les communautés en rejetant et en dénonçant toute attitude ou action tendant à stigmatiser des personnes, des communautés et/ou des religions.

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Une réflexion sur “Affaire 146 terroristes tués par les FDS : Il y a bel et bien eu des exécutions sommaires selon le MBDHP

  1. Zougmore etait ou quant les terrorists tuaient des civiles chacun sa soit che lui mange bien et parle du n importe quoi si tu es garcon suit les fds sur le terrain

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